Journaliste et écrivain, Jean-François Kahn prend la plume dans Macadam pour appeler au combat !
Fondateur du journal L’Événement du Jeudi puis de Marianne, Jean-François Kahn a été tête de liste Modem dans le Grand Est aux élections européennes. Élu député européen, il a démissionné en faveur de sa colistière. Il vient de publier « Dernières salves » aux éditions Plon.

Il faut se battre. Et débattre.

Non pas le combat en lieu et place du débat. Non pas le débat conçu comme un combat.

Mais le débat comme initiateur des clarifications, comme accoucheur des convergences qui justifient et permettent les justes combats. Combattre quoi, qui ? Non pas l’autre, mais ce qui fait obstacle à la reconnaissance de l’autre. Non pas la différence, mais ceux qui refusent l’intégration des différences.

Combattre, non pas motivé par la haine qui nous habite, mais animé par l’amour qui nous porte. Non pour tuer, mais pour permettre de vivre. Oui, combattre… Si j’ai choisis ce mot, c’est parce que je refuse un certain « pacifisme » de la charité, un certain « défaitisme » du compassionnel institutionnalisé. À l’humanitaire « d’après » qui consiste à nourrir les réfugiés que l’on parque, je préfère l’humanisme « d’avant » qui désarme et neutralise les fabricants de troupeaux humains. Lutter appelle l’assistance, se résoudre produit l’assistanat. La générosité comme moment d’une bataille, non comme alibi d’une acceptation. L’engagement, entre autre par le don, y compris de soi, non pas le don en tant qu’unique engagement qui permet, en fait, de faire l’économie de soi. Donner comme on frapperait la misère, et pas pour s’excuser de l’accepter. J’ai aimé l’Abbé Pierre. Beaucoup. Pas Mère Térésa.

La fraternité, l’authentique fraternité, c’est cela : moins se consoler mutuellement de l’injustice, que se battre tous ensemble contre l’injustice. Entraide de lutte, pas de résignation. Car oui, c’est possible, tous ensemble, de changer ce monde. De donner, dans un même élan, à ceux qui non pas le nécessaire, mais, dans un même élan, également, de forcer ceux qui ont trop, ou qui ont tout, à offrir leur superflu.

Il faut que j’ai conscience de l’autre pour avoir conscience de moi. Mais ce n’est que dans l’action commune, afin que tous les « autres » soient enfin traités comme des autres « soi », que le « nous » prendra conscience de lui-même. D’où la nécessité du débat et du combat.

Jean François Kahn